Lettres d’une Péruvienne peut sembler déroutant au premier abord. Une jeune Péruvienne écrit des lettres à l’homme qu’elle aime, se retrouve arrachée à son pays, découvre la France du XVIIIe siècle et observe une société dont elle ne connaît ni la langue ni les habitudes.

Mais derrière cette histoire se cache une idée assez simple : Françoise de Graffigny utilise le regard étranger de Zilia pour nous faire observer autrement la société française.
Au fil de ses découvertes, Zilia apprend, compare, s’interroge et critique certaines habitudes des Français. Mais elle évolue également elle-même et construit progressivement sa propre liberté.
C’est cette découverte d’un monde nouveau qui permet de comprendre le parcours associé à l’œuvre : « un nouvel univers s’est offert à mes yeux ».
Dans cet article, tu vas découvrir l’essentiel à connaître sur Lettres d’une Péruvienne : l’histoire, les personnages, les grandes idées de l’œuvre et surtout le lien avec le parcours du bac.
Lettres d’une Péruvienne au programme du bac de français
| À retenir | Informations |
| Autrice | Françoise de Graffigny |
| Œuvre | Lettres d’une Péruvienne |
| Publication | 1747, puis édition augmentée en 1752 |
| Siècle | XVIIIe siècle |
| Genre | Roman épistolaire |
| Mouvement / contexte | Siècle des Lumières |
| Objet d’étude | La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle |
| Parcours | « un nouvel univers s’est offert à mes yeux » |
| Voies concernées | Première générale et Première technologique |
Qui est Françoise de Graffigny ?
Françoise de Graffigny est une femme de lettres française du XVIIIe siècle. Née en 1695, elle connaît une vie personnelle difficile, notamment un mariage malheureux. Elle fréquente ensuite les milieux intellectuels de son époque et se fait connaître par ses écrits.
En 1747, elle publie Lettres d’une Péruvienne, qui rencontre un important succès. À travers le personnage de Zilia, Graffigny peut porter un regard critique sur la société française, mais également réfléchir à la condition des femmes, à l’éducation, à la liberté et à la place de l’individu dans la société.
L’œuvre s’inscrit ainsi pleinement dans les interrogations du siècle des Lumières.
À retenir : Graffigny utilise le regard de Zilia pour questionner la société de son époque.
Dans quel contexte Lettres d’une Péruvienne est-il écrit ?
Le roman paraît pour la première fois en 1747, au XVIIIe siècle. Cette période est marquée par le développement des idées des Lumières.
Les philosophes et écrivains s’interrogent notamment sur :
- la société,
- l’éducation,
- la liberté,
- les inégalités,
- les traditions,
- la place des femmes.
Graffigny choisit une manière particulièrement efficace de poser ces questions : elle fait observer la France par une étrangère. Zilia vient du Pérou et ne connaît pas les coutumes européennes. Ce qui paraît normal aux Français peut donc lui sembler étrange, injuste ou incompréhensible.
Et c’est justement ce décalage qui permet au lecteur de regarder sa propre société autrement.
Résumé de Lettres d’une Péruvienne
Pour comprendre l’œuvre, retiens d’abord cette progression :
PÉROU → ARRACHEMENT → FRANCE → DÉCOUVERTE → REGARD CRITIQUE → ÉMANCIPATION
Voyons maintenant ce qui se passe tout au long du roman épistolaire.
Zilia est séparée d’Aza
Au début du roman, Zilia est une jeune Péruvienne destinée à épouser Aza, qu’elle aime. Mais l’arrivée des Européens bouleverse sa vie. Elle est enlevée et brutalement séparée de son pays et d’Aza. Elle commence alors à lui adresser des messages.
Cette séparation est essentielle : Zilia perd ses repères et se retrouve confrontée à un monde qu’elle ne connaît pas.
Zilia est conduite en France
Zilia est ensuite recueillie par Déterville, un Français qui la conduit en France.
Tout lui est étranger : la langue, les vêtements, les comportements, les relations sociales et les habitudes des Français.
Au début, elle ne comprend donc pas véritablement le monde qui l’entoure. Mais elle va progressivement apprendre à l’observer.
Zilia découvre la société française
Zilia apprend le français et comprend de mieux en mieux la société dans laquelle elle vit. Son regard devient alors particulièrement intéressant.
Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas grandi en France. Elle observe donc les habitudes françaises avec un regard extérieur. Elle compare ce nouveau monde avec celui qu’elle connaissait au Pérou et remarque progressivement certaines contradictions de la société française.
Le roman ne raconte donc plus seulement le voyage de Zilia. Il devient aussi une manière d’observer et de questionner la France du XVIIIe siècle.
Les personnages principaux
Zilia
Zilia est le personnage principal et la voix essentielle du roman. C’est à travers son regard que le lecteur découvre une grande partie de l’histoire. Au début, elle est profondément attachée à Aza et à son pays.
Mais son expérience en France la transforme. Elle apprend une nouvelle langue, découvre une nouvelle société, développe son jugement et construit progressivement sa propre identité.
Zilia n’est donc pas seulement une observatrice : elle évolue tout au long de l’œuvre.
Aza
Aza est l’homme que Zilia aime au début du roman. Il représente pour elle son pays, son passé et la vie qu’elle pensait retrouver. Une grande partie de ses lettres lui est destinée. Mais l’évolution de leur relation participe également à la transformation de Zilia.
Déterville
Déterville est un Français qui recueille Zilia et l’accompagne dans sa découverte de la France. Il tombe amoureux d’elle. Il occupe donc une place importante dans le nouvel univers que Zilia découvre. Cependant le parcours de Zilia ne se résume pas à devoir choisir simplement entre Aza et Déterville.
C’est aussi l’histoire d’une femme qui apprend progressivement à penser et choisir par elle-même.
Pourquoi le roman est-il écrit sous forme de lettres ?
Lettres d’une Péruvienne est un roman épistolaire. Cela signifie que l’histoire est racontée à travers des lettres. Ce choix est essentiel. En effet, les lettres permettent au lecteur d’être très proche de Zilia.
On découvre :
- ses émotions,
- ses incompréhensions,
- ses découvertes,
- ses jugements,
- son évolution.
Au fil de l’œuvre, on voit donc sa pensée se construire progressivement.
La forme épistolaire permet ainsi de raconter une histoire, mais aussi de faire entendre directement le regard d’une femme qui découvre un monde nouveau.
À retenir : Les lettres nous permettent de suivre à la fois le voyage de Zilia et l’évolution de sa pensée.
Le regard étranger : observer la France autrement
C’est l’une des idées les plus importantes de l’œuvre. Imagine que tu arrives dans une société dont tu ne connais absolument aucune règle. Tu ne comprends pas pourquoi les gens s’habillent ainsi, pourquoi ils se comportent de telle manière ou pourquoi certaines inégalités semblent acceptées.
Tu vas naturellement poser des questions. C’est exactement ce qui arrive à Zilia. Parce qu’elle est étrangère, elle remarque des choses que les Français ne remarquent plus.
Graffigny utilise donc ce regard extérieur pour créer une distance.
Le lecteur français peut alors se demander : « Ce que je considère comme normal l’est-il vraiment ? »
C’est ce mécanisme qui donne à l’œuvre une grande partie de sa dimension critique.
Les grands thèmes de Lettres d’une Péruvienne
La découverte de l’autre
Zilia découvre une civilisation complètement différente de la sienne. Elle doit apprendre à comprendre ses codes et sa langue. Néanmoins, cette découverte fonctionne dans les deux sens : en observant la France, elle réfléchit également à sa propre culture et à sa propre identité.
La critique de la société française
Le regard étranger permet à Graffigny de questionner certaines habitudes françaises. Zilia observe la société avec étonnement et développe progressivement son propre jugement.
Le roman devient ainsi un moyen de réfléchir aux valeurs et aux contradictions de la société française du XVIIIe siècle.
La condition des femmes
C’est une dimension essentielle de l’œuvre. Zilia découvre la place accordée aux femmes dans la société française et porte un regard critique sur leur situation.
Cependant, cette question concerne également son propre parcours. Au fil du roman, Zilia gagne en autonomie. Elle ne veut pas simplement passer de la dépendance envers un homme à la dépendance envers un autre.
Son évolution pose donc une question importante : une femme peut-elle construire son existence par elle-même ?
L’émancipation féminine est l’un des grands axes d’étude de l’œuvre.
L’éducation et la connaissance
Au début de son arrivée en France, Zilia ne comprend presque rien au monde qui l’entoure. L’apprentissage de la langue devient alors fondamental. Plus elle apprend, plus elle peut comprendre. Ainsi, plus elle comprend, plus elle peut juger par elle-même.
La connaissance participe donc directement à son émancipation.
L’identité et l’émancipation
Zilia se trouve entre plusieurs mondes. Elle vient du Pérou, découvre la France et doit reconstruire son existence loin de son univers d’origine. Son évolution ne consiste pas simplement à abandonner une culture pour en adopter une autre.
Ainsi, elle apprend progressivement à former son propre jugement. C’est l’une des clés du roman.
Comment comprendre le parcours « un nouvel univers s’est offert à mes yeux » ?
Le titre du parcours peut sembler assez vague. Je te propose de le décomposer.
« Un nouvel univers »
Pour Zilia, la France est réellement un univers nouveau.
Elle découvre :
- une nouvelle langue,
- de nouvelles habitudes,
- de nouvelles relations sociales,
- une autre conception de la place des femmes,
- de nouvelles manières de penser.
Mais cet « univers » n’est pas seulement géographique.
Zilia découvre aussi de nouvelles idées.
« S’est offert à mes yeux »
Le mot essentiel ici est : YEUX.
Tout le roman repose sur le regard. Zilia regarde. Elle observe, compare, s’étonne. Puis elle juge.
On peut donc représenter son évolution ainsi :
VOIR → DÉCOUVRIR → COMPARER → COMPRENDRE → JUGER → S’ÉMANCIPER
Voilà probablement la progression la plus importante à retenir pour comprendre le parcours.
Le parcours raconte aussi la transformation de Zilia
Il ne faut surtout pas réduire le parcours à : Zilia découvre la France.
Ce serait trop limité. Car en découvrant un nouvel univers, Zilia se découvre également elle-même.
Au début, elle subit les événements. Progressivement, elle apprend. Puis elle comprend et elle développe son propre jugement.
Et finalement, elle devient davantage capable de décider de son existence.
On peut donc lire le parcours de deux manières :
Découverte extérieure : Zilia découvre un nouveau monde.
Découverte intérieure : Zilia construit progressivement sa propre identité.
C’est cette double découverte qui donne toute sa richesse au parcours.
Lettres d’une Péruvienne et le siècle des Lumières
L’œuvre appartient au XVIIIe siècle et dialogue avec les grandes interrogations des Lumières.
Graffigny pousse le lecteur à observer la société avec distance et à réfléchir plutôt qu’à accepter les habitudes comme des évidences.
On retrouve notamment des réflexions sur :
la liberté → l’éducation → les inégalités → les femmes → la société → la raison → le regard sur l’autre.
Mais attention à ne pas apprendre simplement : « C’est une œuvre des Lumières parce qu’elle critique la société. »
Au bac, il faut être plus précis.
Tu peux plutôt expliquer : Grâce au regard étranger de Zilia, Graffigny crée une distance avec les habitudes françaises et pousse le lecteur à les interroger.
C’est beaucoup plus intéressant dans une dissertation ou à l’oral.
Ce que tu dois retenir pour le bac
Si tu dois retenir seulement 6 idées, retiens celles-ci :
- Zilia est une jeune Péruvienne arrachée à son pays qui découvre progressivement la France.
- Le roman est épistolaire : les lettres permettent de suivre ses émotions, ses découvertes et l’évolution de sa pensée.
- Son regard étranger permet à Graffigny d’observer et de questionner la société française.
- La découverte d’un nouveau monde transforme progressivement Zilia.
- La condition féminine, l’éducation, la liberté et l’émancipation sont des enjeux essentiels de l’œuvre.
- Le parcours « un nouvel univers s’est offert à mes yeux » concerne donc autant la découverte du monde que la construction du regard et de l’identité de Zilia.
Deux questions à te poser pendant ta lecture
Lorsque tu étudies un passage de Lettres d’une Péruvienne, demande-toi : Qu’est-ce que Zilia découvre ou observe dans ce passage ?
Puis : Comment cette découverte transforme-t-elle son regard sur la société ou sur elle-même ?
Si tu arrives à répondre à ces deux questions, tu es très souvent déjà en train de faire le lien avec le parcours.
Une question, une remarque ? Je te réponds en commentaire
Sources : Ministère de l’EN, Eduscol
